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Sénégal : Un nouvel outil pour renforcer la fiscalité du tabac et préserver la santé publique

Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans sa réflexion sur la fiscalité des produits du tabac. Le Forum Civil, en partenariat avec Tax Justice Network Africa (TJNA) et le Centre de recherches économiques appliquées (CRES), a procédé à Dakar au lancement du SimTax, un outil de simulation destiné à éclairer les décisions publiques en matière de taxation du tabac.

Organisé lundi dernier, l’atelier de présentation a réuni des représentants de l’État, des parlementaires, des acteurs de la société civile ainsi que des partenaires techniques et financiers. L’objectif est de mettre à disposition des décideurs des données fiables pour mesurer les conséquences des différents scénarios fiscaux sur la consommation du tabac, la prévalence du tabagisme, les recettes publiques et la santé des populations.
Pour Matar Sall, coordonnateur du Forum Civil, cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet de plaidoyer pour la taxation du tabac en Afrique, conduit avec Tax Justice Network Africa. Il estime que le SimTax constitue un instrument important pour renforcer les stratégies de lutte contre le tabagisme et poursuivre les efforts en faveur d’une fiscalité plus efficace.

Une fiscalité déjà renforcée au Sénégal
Prenant la parole au nom du CRES, le professeur Abdoulaye Diagne est revenu sur les avancées enregistrées dans la lutte contre le tabagisme, notamment avec l’adoption d’une nouvelle loi sur le tabac et la révision des directives fiscales au niveau de la CEDEAO et de l’UEMOA.
Il a notamment rappelé que le Sénégal a porté le taux de la taxe ad valorem de 30 % à 100 % pour toutes les marques de cigarettes, dépassant ainsi le seuil minimum de 50 % fixé par la directive régionale.
Toutefois, selon le représentant du CRES, cette augmentation ne suffit pas encore à atteindre pleinement les objectifs de réduction de la consommation. Il a notamment évoqué l’objectif d’une taxation représentant 75 % du prix de vente au détail des cigarettes, ainsi que la nécessité de mettre effectivement en œuvre la composante spécifique prévue par la directive de la CEDEAO.

Cette taxe, calculée sur la quantité de produits du tabac plutôt que sur leur valeur, pourrait constituer un levier supplémentaire pour renforcer la pression fiscale et limiter l’accessibilité financière des cigarettes.

SimTax : mesurer les conséquences des choix fiscaux

Au nom du Programme national de lutte contre le tabagisme (PNLT), le docteur Kadidiatou Gaye a rappelé que le tabagisme constitue un enjeu qui dépasse largement le cadre sanitaire. Ses conséquences touchent également les familles, les communautés, le système de santé et l’économie nationale.
Elle a ainsi insisté sur la nécessité d’une réponse globale associant prévention, sensibilisation, réglementation, accompagnement au sevrage et politique fiscale.

Dans cette perspective, le SimTax permettra de tester différents scénarios de taxation et d’en mesurer les effets potentiels sur plusieurs indicateurs, notamment la consommation de cigarettes, la prévalence du tabagisme, les recettes fiscales et les vies susceptibles d’être préservées.
Le dispositif se présente avant tout comme un outil d’aide à la décision. Il ne se substitue pas aux autorités publiques, mais leur offre une base d’analyse pour anticiper les conséquences des différentes options fiscales.
Tax Justice Network Africa plaide pour une taxation spécifique
De son côté, Chenai Mukumba, directrice exécutive de Tax Justice Network Africa, a salué les avancées du Sénégal, particulièrement le relèvement à 100 % du taux de la taxe ad valorem en 2025.
Elle a néanmoins souligné les limites d’une fiscalité reposant uniquement sur la valeur des produits. En effet, lorsque les consommateurs peuvent se tourner vers des cigarettes moins chères, l’impact des augmentations fiscales sur la réduction de la consommation peut être limité.

C’est pourquoi l’organisation défend également l’examen d’une taxe spécifique appliquée par unité de tabac, en complément du dispositif existant.

Le SimTax devrait ainsi permettre d’évaluer les conséquences de différentes combinaisons fiscales, en tenant compte à la fois des recettes attendues, de l’évolution de la consommation et des bénéfices potentiels pour la santé publique.
Un nouvel instrument pour orienter les politiques publiques
À travers cette initiative, les partenaires entendent renforcer le dialogue entre les administrations publiques, les chercheurs, les parlementaires et les organisations de la société civile.
Le lancement du SimTax constitue ainsi une nouvelle étape dans l’accompagnement de la politique fiscale du tabac au Sénégal, avec une ambition clairement affichée : disposer d’un instrument d’analyse permettant de mieux articuler les engagements régionaux du pays avec ses objectifs nationaux de lutte contre le tabagisme.
Au-delà de l’augmentation des taxes, l’enjeu sera désormais de déterminer quelles combinaisons fiscales peuvent produire les effets recherchés sur les finances publiques et la protection de la santé des populations.

admina

admina

Journaliste au Rufisquois, spécialisé dans l'actualité sénégalaise.

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