Les événements du 13 juin 2026, suivis de la déclaration du 24 juin et de la circulaire du 29 juin 2026 de la Secrétaire générale, doivent amener chaque socialiste à une réflexion sincère sur certaines pratiques qui s’installent peu à peu dans notre organisation. Au-delà des responsabilités individuelles qui devront être appréciées par les instances compétentes, ces incidents mettent en lumière une dérive inquiétante qui ressemble de plus en plus à une forme de gangstérisme rampant. Cette évolution est aux antipodes de notre culture politique. Le Parti socialiste s’est toujours construit autour du débat d’idées, du respect mutuel et de la fraternité militante. Il ne peut devenir un espace où la démonstration de force l’emporte sur la force des convictions.
L’insécurité ne naît pas seulement des violences qui éclatent au grand jour. Elle prend aussi racine dans la banalisation de comportements qui n’ont jamais fait partie de l’héritage socialiste. Voir certains responsables, souvent parmi les plus jeunes, se déplacer entourés de gardes rapprochées ou de prétendus gros bras laisse croire que la puissance physique est devenue un signe d’autorité politique. Cette mise en scène entretient la méfiance, pousse d’autres camarades à faire de même par crainte d’être désavantagés et installe progressivement une logique de surenchère. Pourtant, il est aujourd’hui d’une facilité déconcertante de réunir quelques dizaines de gros bras dans un environnement où de nombreux lutteurs ou jeunes désœuvrés sont disponibles contre rémunération. Il suffit de payer. Est-ce vraiment cette image que le Parti socialiste veut donner de lui-même ? Aucun responsable ne devrait ressentir le besoin de se faire escorter pour rencontrer ses propres camarades.
Cette dérive n’est malheureusement pas nouvelle. L’abandon progressif des quotas de participation lors de certaines réunions constitue une autre source de déséquilibre. Pendant longtemps, chaque instance disposait d’un nombre défini de participants, ce qui garantissait une représentation équitable et empêchait toute démonstration de force. Aujourd’hui, certains cherchent à occuper les lieux en y acheminant leurs seuls sympathisants, parfois installés depuis la veille, avec pour seul objectif de contrôler l’espace. Beaucoup se souviennent encore des scènes regrettables observées lors du congrès d’investiture d’Amadou Bâ, lorsque le protocole fut bousculé et que la parole fut arrachée de force aux organisateurs. Ces comportements étaient déjà le signe d’un malaise profond. Les événements du 13 juin n’en sont finalement qu’une aggravation. Peut-on d’ailleurs qualifier de militants socialistes des personnes qui ignorent à ce point les valeurs de camaraderie, de fraternité et de discipline qui ont toujours fondé notre engagement ? Le Parti socialiste ne peut accepter que ses réunions donnent parfois le sentiment de se dérouler dans un climat digne du Far West plutôt que dans une grande famille politique. Il appartient désormais à la direction du Parti de prendre ce mal à bras le corps afin de l’éradiquer durablement.
Il est également indispensable de revenir à des règles d’organisation claires qui ont longtemps garanti la sérénité de nos rencontres. L’accès aux réunions et aux manifestations du Parti a toujours reposé sur une répartition équilibrée des participants entre les différentes instances. Cette méthode n’avait rien d’arbitraire. Elle empêchait qu’un responsable puisse imposer sa présence en mobilisant exclusivement ses propres partisans. Le respect de ce principe demeure une condition essentielle de l’équité entre toutes les sensibilités du Parti.
Il devient aussi nécessaire d’affirmer clairement qu’aucun responsable, quelle que soit sa position, ne devrait être autorisé à introduire des gardes du corps ou des hommes de main à la Maison Léopold Sédar Senghor, sauf dans des circonstances exceptionnelles liées à une menace réelle et objectivement établie. Bien souvent, ces accompagnateurs ne sont même pas membres du Parti. Leur présence n’apporte aucune sécurité. Elle nourrit au contraire les tensions, les provocations et la peur, tout en installant un climat de suspicion incompatible avec l’esprit socialiste.
La circulaire du 29 juin 2026 rappelle avec raison que la préservation de l’ordre, de la discipline, de la sécurité des personnes et des biens ainsi que du patrimoine du Parti est désormais une exigence. Pour que cette ambition produise des résultats, elle devra s’accompagner de règles de conduite connues de tous et appliquées sans favoritisme. La Maison du Parti doit redevenir un lieu où l’autorité repose sur l’exemplarité, le respect des textes et la qualité de l’engagement, jamais sur l’intimidation ou la force.
Le Parti socialiste a traversé de nombreuses épreuves parce qu’il a toujours su privilégier le dialogue à l’affrontement. Il retrouvera toute sa force en renouant avec cet héritage, en bannissant définitivement les démonstrations de puissance et en rappelant que les seules armes d’un militant doivent rester les idées, la parole, le respect des règles communes et la confiance entre camarades. C’est à ce prix que notre Parti retrouvera la sérénité indispensable à sa reconstruction et à la préparation de son avenir.
Mamadou Mbodji DIOUF
Membre BP

