Violences sexuelles, physiques, psychologiques et économiques : à Kédougou, les violences basées sur le genre (VBG) continuent de fragiliser les femmes et les filles. À la Boutique des droits, 80 % des 551 personnes reçues en consultation sont des femmes. Un chiffre qui met en lumière l’ampleur du phénomène et l’urgence d’une réponse collective.
À Kédougou, les violences basées sur le genre demeurent une réalité préoccupante. Derrière les portes des concessions familiales, dans les couples ou au sein de la société, les femmes sont confrontées à diverses formes de violences. Si les violences sexuelles occupent une place de plus en plus préoccupante, les violences économiques, physiques et psychologiques continuent également de peser sur leur quotidien.
Pour Kadidia Diallo, représentante des femmes, le phénomène revêt plusieurs facettes, avec une prédominance inquiétante des violences sexuelles.
« Au niveau de Kédougou, je pense qu’on a plusieurs types de VBG. Mais aujourd’hui, le constat est qu’on a plus de violences sexuelles qui prennent le dessus, à côté des violences économiques », souligne-t-elle.
La représentante des femmes établit également un lien entre les difficultés économiques des ménages et les tensions qui minent les relations conjugales. Selon elle, de nombreux cas de divorce et de conflits familiaux trouvent leur origine dans les défauts de prise en charge des familles. Une situation qui, à ses yeux, traduit aussi un manque de sécurité et de stabilité au sein des foyers.
551 consultations : les femmes représentent 80 % des personnes reçues
Les données de la Boutique des droits viennent conforter ce constat. Sur les 551 personnes reçues en consultation, 80 % sont des femmes, contre seulement 20 % d’hommes. Une répartition qui témoigne de la forte exposition des femmes aux violences, mais également de leur recours aux structures d’accompagnement juridique.
Pour Mariama Ba, juriste, les violences subies par les femmes ne se limitent pas aux agressions physiques. Elles prennent aussi des formes plus insidieuses, parfois difficiles à identifier par les victimes elles-mêmes.
« Par rapport aux violences, les femmes font l’objet de violences physiques, économiques et psychologiques », explique-t-elle.
La juriste pointe notamment la précarité, le seuil de pauvreté et le déficit de sensibilisation comme autant de facteurs qui contribuent à maintenir les femmes dans des situations de vulnérabilité.
« Les dames ne sont pas assez sensibilisées. Parce qu’une femme peut être victime de violences sans qu’elle ne le sache », alerte Mariama Ba.
Au-delà des violences visibles, cette méconnaissance des droits constitue ainsi un obstacle majeur à la dénonciation des abus et à la recherche de solutions. Pour les acteurs de la lutte contre les VBG, la sensibilisation demeure un levier essentiel afin de permettre aux femmes et aux filles de reconnaître les différentes formes de violences, de briser le silence et de solliciter une assistance appropriée.
Le préfet appelle à une synergie des interventions
Face à cette situation, les autorités administratives entendent renforcer la coordination des actions engagées sur le terrain. Le préfet du département de Kédougou mise notamment sur une meilleure appropriation de la stratégie nationale d’égalité et d’équité de genre, considérée comme le référentiel en matière de lutte contre les violences basées sur le genre.
« Comme alternative, c’est notamment donner corps à la stratégie nationale d’égalité et d’équité de genre, qui est le référentiel en matière de lutte contre les VBG », indique-t-il.
Le chef de l’exécutif départemental insiste également sur la nécessité de fédérer les interventions des différents partenaires qui accompagnent les initiatives de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.
« L’objectif est de leur permettre aussi d’aller dans le sens de créer une synergie qui permettra de venir à bout de ces VBG », précise-t-il.
À Kédougou, la lutte contre les violences basées sur le genre ne saurait donc se limiter aux déclarations d’intention. Entre la sensibilisation des communautés, l’accompagnement juridique des victimes, la prévention des violences économiques et le renforcement de la coordination des acteurs, les défis restent considérables.
Briser le silence, libérer la parole et garantir aux femmes et aux filles le droit de vivre à l’abri de toute forme de violence : telle est désormais l’urgence pour faire reculer ce fléau dans la région de Kédougou.
⚡ Résumé express
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– À la Boutique des droits de Kédougou, 80 % des 551 personnes reçues en consultation sont des femmes.
– Selon Kadidia Diallo, les violences sexuelles prédominent à Kédougou, à côté des violences économiques.
– Le préfet de Kédougou appelle à une synergie des interventions et à la stratégie nationale d’égalité et d’équité de genre.

