L’infertilité n’est pas uniquement l’apanage des femmes, mais constitue un enjeu majeur de santé publique touchant de plein fouet les hommes. Réuni à Dakar lors d’un atelier de renforcement des capacités des journalistes en santé, le professeur Philippe Marc Moreira, spécialiste en gynécologie-obstétrique et assistance médicale à la procréation, alerte sur la dégradation continue de la qualité du sperme. Entre exposition aux perturbateurs endocriniens, obésité, tabagisme et pesanteurs sociales associant à tort virilité et fertilité, le spécialiste plaide pour un dépistage précoce dès l’enfance et une prise en charge conjointe des couples.
La fertilité masculine suscite une inquiétude croissante au sein du corps médical, sous l’effet combiné de facteurs environnementaux et de comportements individuels néfastes. S’exprimant à l’occasion d’un atelier d’information destiné aux professionnels des médias — initié par l’Association des journalistes en santé, population et développement en partenariat avec la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) —, le professeur Philippe Marc Moreira a tiré la sonnette d’alarme. Spécialiste en gynécologie-obstétrique, médecine et assistance médicale à la procréation, le praticien déplore la fréquence accrue d’anomalies décelées lors des spermogrammes et appelle à déconstruire les préjugés entourant l’infertilité masculine.
Pesticides, pollution, tabac : Les facteurs environnementaux et sociétaux sous surveillance
Plusieurs éléments de notre environnement moderne altèrent directement les fonctions reproductives masculines. Parmi les facteurs de risque majeurs figurent l’obésité, le stress chronique, le tabagisme, la consommation d’alcool et de stupéfiants, ainsi que l’exposition répétée à des agents chimiques. Les pesticides, les insecticides, la pollution atmosphérique et les perturbateurs endocriniens interfèrent avec l’équilibre hormonal et dégradent la qualité des spermatozoïdes.
Le professeur Moreira exprime une préoccupation particulière quant à l’exposition précoce des jeunes générations à ces substances, accentuée par les mutations des modes de vie et des habitudes alimentaires. Au-delà des précautions individuelles, le spécialiste préconise la mise en œuvre de politiques publiques axées sur la prévention, l’information citoyenne et la réduction des expositions aux toxiques environnementaux.
« Être viril ne signifie pas être fertile » : Déconstruire les tabous sociétaux
Au-delà des causes purement physiologiques, l’infertilité masculine demeure entravée par de lourdes représentations culturelles. Le professeur Philippe Marc Moreira insiste sur l’urgence de dissocier la virilité de la capacité reproductive. Un homme peut présenter une libido normale, une érection satisfaisante et éjaculer sans pour autant disposer d’un sperme fécondant.
Cette confusion sociétale retarde considérablement les diagnostics, de nombreux hommes redoutant de consulter par crainte de voir leur masculinité remise en cause. Pour lever ces blocages psychologiques et limiter la stigmatisation qui pèse souvent sur les femmes, le praticien rappelle que le bilan de fertilité doit être entrepris simultanément chez les deux partenaires du couple.
Dépister tôt dès la naissance pour préserver la fertilité future
La prévention de l’infertilité masculine gagne à être intégrée dès le plus jeune âge. Le professeur Moreira préconise un dépistage néonatal systématique d’anomalies anatomiques telles que la cryptorchidie, caractérisée par l’absence de descente d’un ou des deux testicules dans les bourses.
Détectée à la naissance et traitée rapidement, cette condition évite des lésions irréversibles sur le développement des fonctions reproductives futures.
Face aux souffrances psychologiques et à l’isolement social éprouvés par les couples en désir d’enfant, le spécialiste salue le rôle essentiel des médias pour diffuser une information scientifique rigoureuse, déconstruire les ides reçues et rappeler que la prise en charge médicale de l’infertilité concerne l’homme au même titre que la femme.

