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Chronique : Redevabilité parlementaire : expliquer ne suffit plus, il faut corriger

Le mot est partout : dans les communiqués de l’Assemblée, dans les discours de son président, dans la bouche des ministres. Pourtant, l’idée est simple et ancienne. Celui à qui l’on confie un pouvoir ou de l’argent public doit rendre compte de l’usage qu’il en fait.
Pour un Parlement, cela veut dire trois choses : demander des comptes au Gouvernement, rendre lui-même des comptes aux citoyens, et vérifier que les lois votées sont réellement appliquées.
Mais il y a deux manières de rendre des comptes. La première consiste à expliquer : le ministre vient, justifie, répond aux questions, puis repart. La seconde consiste à corriger : les explications débouchent sur des décisions, des ajustements, parfois des sanctions.
C’est la différence entre un rituel et une véritable redevabilité.
Il faut le reconnaître : la XVe législature a changé les pratiques. Le nouveau règlement intérieur, adopté en juin 2025 à la quasi-unanimité et porté conjointement par la majorité et l’opposition, a renforcé les commissions d’enquête, créé un comité permanent d’évaluation des politiques publiques et ouvert la voie à une chaîne parlementaire.
Au printemps 2026, pour la première fois, plus d’une dizaine de ministres sont passés devant les commissions permanentes selon un calendrier rendu public,. Le budget 2026 a été examiné au fil d’une vingtaine de séances. Et depuis mai 2025, six anciens ministres ont été renvoyés devant la Haute Cour de justice, en partie sur la base des audits de la Cour des comptes relatifs au Fonds Force Covid-19. Pour beaucoup de citoyens, c’est la fin d’un sentiment d’impunité.
Cependant, ces progrès sont arrivés après un échec retentissant. En effet, en février 2025, la Cour des comptes avait révélé qu’une dette bancaire de plus de 2 500 milliards de francs CFA avait été contractée hors du circuit budgétaire, sans l’approbation des députés. Le déficit de 2023, annoncé à 4,9 % du PIB, a été recalculé à 12,3 %.
Ces chiffres font encore débat, mais une chose est sûre : le Parlement de l’époque n’avait rien vu venir.
Or le consentement à l’emprunt est la raison d’être historique des parlements. Une dette contractée sans vote, c’est une chaîne de redevabilité rompue à sa source. La leçon est claire : contrôler après coup ne suffit pas. Il faut pouvoir intervenir pendant l’exécution du budget, avant que les dérapages ne deviennent des catastrophes.
A l’Assemblée nationale, la majorité actuelle dispose à elle seule des trois cinquièmes requis pour mettre un ministre en accusation. Elle préside les commissions et fixe le calendrier. Cette puissance est un atout pour réformer. Mais elle est aussi un risque pour le contrôle.
Il est toujours plus facile d’être sévère avec le régime précédent qu’avec un gouvernement issu de son propre camp. Si la redevabilité ne s’exerce que vers le passé, elle sera perçue comme une justice de vainqueurs, et elle ne survivra pas à la prochaine alternance. Sa crédibilité tient à une règle simple : la même exigence pour tous, hier comme aujourd’hui.
D’abord, il faut assurer le suivi régulier. Entendre un ministre est utile ; savoir ce qu’il a fait des recommandations des députés l’est davantage. Chaque audition devrait donner lieu à un rapport public, à des recommandations précises et à une réponse écrite dans un délai fixé. Un tableau de bord accessible à tous permettrait d’en suivre l’application.
Ensuite, contrôler en temps réel. Un examen trimestriel de l’exécution du budget et de l’état de la dette éviterait de découvrir les problèmes des années plus tard. Il faut aussi donner aux députés les moyens de leur mission : des analystes budgétaires indépendants, capables de lire les chiffres sans dépendre des seules administrations qu’ils contrôlent.
Enfin, associer l’opposition et les citoyens. Confier à l’opposition la présidence d’une commission de contrôle, ouvrir les auditions à la société civile, publier systématiquement les rapports des corps de contrôle : autant de gestes qui rendraient la redevabilité moins partisane et plus durable.
Le Sénégal a fait un pas important. L’Assemblée nationale sait désormais demander des explications. Le prochain pas, plus difficile, consiste à transformer ces explications en changements réels, à contrôler avant plutôt qu’après, et à appliquer la même rigueur à tous les gouvernements. C’est à cette condition que la redevabilité cessera d’être un mot à la mode pour devenir une habitude démocratique.

Massogui THIANDOUME, habitant de Niangal, Commune de Yéne

admina

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Journaliste au Rufisquois, spécialisé dans l'actualité sénégalaise.

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