Les mots ont un pouvoir. Les politiciens le savent mieux que quiconque. Quand un texte de loi déchaîne les passions, sème la discorde et divise l’opinion, il ne s’agit pas forcément de l’abandonner. Il suffit de l’« interpréter ». Ce tour de passe-passe sémantique permet de garder l’essentiel en changeant la vitrine. Un relooking législatif, en somme.
La loi d’amnistie, initialement portée par Macky Sall au crépuscule de son mandat, devait être enterrée sous le poids des critiques. Finalement, elle survivra sous une autre forme, avec une nouvelle étiquette : la loi Amadou Bâ. Une simple substitution nominale qui illustre à merveille l’art de la communication politique. Car ici, il ne s’agit pas de refuser l’amnistie, mais de la rendre plus acceptable par une « clarification », un « alignement sur les accords internationaux », en somme, une reformulation qui ne change rien au fond.
Les experts en storytelling politique appellent cela du « spin ». Une vieille recette qui consiste à enrober une réalité contestée dans un emballage plus séduisant. On ne supprime pas une loi, on l’interprète. On ne renie pas un choix controversé, on le « corrige ». Une illusion de changement qui permet d’éviter de fâcher ceux qui y sont attachés tout en amadouant ceux qui la rejettent. Du grand art !
Mais cette manœuvre ne trompe personne. Derrière le vernis des mots, l’opinion publique perçoit bien la mécanique du pouvoir. Si le lifting législatif peut adoucir l’apparence d’un texte de loi, il ne suffit pas toujours à faire oublier son essence.
La politique des formules et des subtilités linguistiques a ses limites. Quand l’homme politique s’emploie à nous faire croire que la pluie ne mouille pas, il y a fort à parier que les citoyens, eux, ne tarderont pas à ouvrir leur parapluie.